Il existe quelque part dans une montagne de l’ouest du Texas une horloge en cours de construction, pensée pour continuer à fonctionner lorsque presque tout ce que nous connaissons aujourd’hui aura disparu. Elle ne mesure pas vraiment notre temps. Elle mesure notre absence.

La Clock of the Long Now, imaginée par l’informaticien Danny Hillis, est conçue pour fonctionner pendant 10 000 ans. Entièrement mécanique, installée dans une montagne, elle utilise notamment les variations de température entre le jour et la nuit pour son énergie et la lumière solaire pour se resynchroniser. La Long Now Foundation la présente moins comme une prouesse horlogère que comme une machine destinée à modifier notre perception du temps.

Dix mille ans. Pour comprendre ce nombre, il faut faire l’exercice inverse. Il y a dix mille ans, l’agriculture transformait progressivement les sociétés humaines. L’écriture n’existait pas encore. Ni les États modernes, ni nos langues, ni nos religions sous leurs formes actuelles, ni évidemment aucune des technologies avec lesquelles nous enregistrons aujourd’hui nos existences.

Imaginer 10 000 ans dans le futur revient donc à projeter devant nous une distance comparable à celle qui nous sépare de ce monde. Et à supposer qu’au bout de cette distance, quelqu’un sera encore là pour regarder l’heure.

Le futur qui rétrécit

En 1995, Danny Hillis publie dans Wired un texte intitulé The Millennium Clock. Le paradoxe est intéressant. Hillis est l’un des fondateurs de Thinking Machines et a travaillé sur la Connection Machine, une architecture massivement parallèle conçue pour effectuer très rapidement d’immenses quantités de calculs.

Et voilà qu’un homme qui travaille sur l’accélération des machines commence à réfléchir à une machine extraordinairement lente. Son intuition est que notre horizon temporel se raccourcit. Lorsqu’il était enfant, remarque-t-il, 1984 ou 2001 représentaient encore des futurs presque mythologiques. Puis ces dates sont devenues le présent sans que d’autres horizons aussi puissants prennent véritablement leur place.

Il propose alors une horloge qui fonctionnerait pendant 10 000 ans. Une machine suffisamment lente pour obliger celui qui la regarde à changer d’échelle.

02026

Brian Eno donnera un nom à cette intuition : The Long Now, le « maintenant long ». Nous pensons généralement le présent sur quelques heures, quelques semaines ou quelques années. Une entreprise pense au prochain trimestre. Un gouvernement à la prochaine échéance.

Un réseau social mesure parfois l’existence d’un événement en heures. Le Long Now propose de dilater ce présent. La fondation créée autour du projet adopte même une petite convention typographique : écrire les années avec cinq chiffres. 2026 devient :

02026

Ce zéro ne sert pratiquement à rien. Mais conceptuellement, il change tout. Parce qu’écrire 02026 suppose qu’un jour quelqu’un pourrait écrire : 12026. Notre époque cesse alors d’occuper implicitement une position privilégiée dans l’histoire. Elle devient simplement un point sur une ligne beaucoup plus longue.

Construire quelque chose pour 10 000 ans

Une idée sur le temps devient réellement intéressante lorsqu’elle rencontre la matière. Comment construit-on une machine pour dix millénaires ?

L’horloge doit être suffisamment durable, mais également compréhensible et réparable. Elle emploie notamment des roulements en céramique qui n’ont pas besoin de lubrification conventionnelle et ne sont pas sujets à la corrosion comme les métaux. La machine doit également pouvoir continuer à évoluer : Hillis explique qu’elle a été conçue pour accepter des améliorations apportées par ses futurs gardiens.

C’est presque exactement l’inverse de beaucoup de nos objets numériques. Essayez d’ouvrir aujourd’hui un document enregistré sur un ordinateur il y a quarante ans. Le fichier peut être parfaitement intact. Mais il faut parfois retrouver le support, le lecteur capable de le lire, le système d’exploitation, le logiciel, parfois même la bonne version du logiciel.

Une tablette d’argile vieille de plusieurs millénaires peut être regardée directement. Un fichier numérique vieux de quelques décennies peut déjà nécessiter un archéologue informatique. C’est ici que la Clock of the Long Now rejoint une question que je m’étais posée des années auparavant.

2067 : comment conserver un e-mail pendant cinquante ans ? Lorsque j’ai réalisé 2067, e-mail vers le futur, le principe était simple : permettre d’envoyer un message électronique qui ne serait délivré que dans le futur, jusqu’en 2067. Mais derrière cette idée presque évidente apparaissait immédiatement un problème beaucoup plus compliqué :

comment conserver un e-mail pendant cinquante ans ? Cinquante ans représentent presque rien face aux 10 000 ans de la Clock. Mais à l’échelle informatique, cinquante ans représentent déjà une durée considérable. Une base de données actuelle sera-t-elle encore exploitable ?

Le logiciel qui permet de l’interroger existera-t-il ? Le système d’exploitation ? L’entreprise qui le développe ? Et même si toutes les données sont intactes, quelqu’un saura-t-il encore comment elles sont organisées ? Je me suis alors posé le problème à l’envers.

Au lieu de demander : quelle technologie actuelle sera encore disponible dans cinquante ans ? je me suis demandé : quelle technologie informatique utilisée il y a cinquante ans reste compréhensible aujourd’hui ? Et je suis revenu à quelque chose d’extrêmement élémentaire :

le fichier texte. Un e-mail est essentiellement du texte. Pourquoi enfermer ce texte dans une architecture complexe de bases de données et de logiciels dont chaque couche constitue une possibilité supplémentaire d’obsolescence ? La simplicité devenait une stratégie de conservation.

Une base de données doit être interprétée. Un logiciel doit être exécuté. Un format propriétaire doit être reconnu. Un texte brut demande presque seulement à être lu. Bien entendu, le problème ne disparaît pas. Le support physique vieillit. Les encodages peuvent évoluer. Les données doivent être vérifiées et recopiées.

Mais chaque dépendance supprimée augmente les chances de reconstruction. J’en étais arrivé à une intuition paradoxale : pour envoyer quelque chose vers le futur, il faut peut-être commencer par enlever de la technologie plutôt que par en ajouter.

Interface du projet 2067 : envoyer un e-mail vers le futur. David Guez, 2067.fr.
Interface du projet 2067 : envoyer un e-mail vers le futur. David Guez, 2067.fr.

Le futur a changé depuis 2067

Aujourd’hui, je me reposerais pourtant la question. Non parce que le fichier texte serait devenu une mauvaise solution. Je pense au contraire que son principe reste juste. Mais notre environnement technologique ouvre désormais d’autres possibilités.

Stockage optique dans le verre, ADN synthétique, registres distribués, nouvelles cryptographies, informatique quantique : nous commençons à disposer d’outils qui permettent de repenser la transmission à très longue durée. Il faut toutefois éviter une erreur. Chercher le support définitif.

Il n’existe probablement pas. La solution pourrait au contraire consister à faire coexister plusieurs technologies radicalement différentes.

Horloge 2067, œuvre de David Guez.
Horloge 2067, œuvre de David Guez.

Mettre un message dans du verre

L’idée pourrait sembler presque archaïque : inscrire physiquement des informations dans du verre. Elle est pourtant au cœur de recherches très contemporaines.

Avec Project Silica, Microsoft Research développe un système d’archivage utilisant du verre. Des lasers inscrivent l’information dans le matériau, qui est ensuite lu optiquement. Le projet vise précisément à éviter le cycle de remplacement permanent des disques et bandes magnétiques utilisés pour les archives numériques. En février 2026, Microsoft Research a annoncé une nouvelle génération du procédé, utilisant même du verre borosilicaté courant, et évoque une conservation potentielle de l'information sur des échelles de l'ordre de 10 000 ans.

C’est fascinant. Mais une plaque de verre contenant une immense quantité d’informations peut aussi devenir un objet parfaitement incompréhensible. Sans lecteur. Sans description du codage. Sans connaissance de la manière dont l’information a été inscrite. Une archive extrêmement résistante peut devenir simplement :

une pierre. On retrouve donc le problème de l’horloge. Conserver physiquement l’information ne suffit pas. Il faut conserver la possibilité de comprendre comment la lire.

Support de données en verre développé par Project Silica. Photo : Microsoft Research / Ashworth Photography.
Support de données en verre développé par Project Silica. Photo : Microsoft Research / Ashworth Photography.

Écrire dans l’ADN

Il existe une autre possibilité, plus étrange encore. Utiliser une technologie de stockage qui existait des milliards d’années avant l’invention de l’informatique : l’ADN.

Le principe du stockage moléculaire consiste à transformer des informations numériques en séquences utilisant les bases de l’ADN, puis à synthétiser physiquement ces molécules. Des expériences ont déjà encodé puis récupéré textes, images, sons et autres données. Les recherches soulignent notamment l’extraordinaire densité potentielle et la stabilité de l’ADN comme support d’archives, même si le coût, la vitesse d’écriture et de lecture et les méthodes d’accès restent des obstacles importants.

Le changement conceptuel est immense. Le message n’est plus inscrit sur un disque. Il est encodé dans une molécule. Un même e-mail pourrait donc exister : dans un fichier texte, dans du verre, dans de l’ADN. Trois matérialités différentes. Une même information.

Et c’est peut-être cela qui devient important.

Ne plus avoir d’original

Nous avons l’habitude de penser l’archive comme un objet qu’il faut protéger. Mais pour une archive destinée au futur, cette conception pourrait être dangereuse. Un objet unique peut être détruit. Une technologie unique peut devenir obsolète. Un lieu unique peut disparaître.

Le message destiné au futur devrait peut-être n’avoir aucun original. Il existerait simultanément sous plusieurs formes, dans plusieurs lieux et sur plusieurs technologies. Du texte brut. Une représentation imprimée. Du stockage numérique conventionnel. Du verre.

Peut-être de l’ADN. Et chaque représentation contiendrait suffisamment d’informations pour reconstruire les autres. La redondance ne serait plus seulement une précaution technique. Elle deviendrait la structure même de l’œuvre.

La blockchain : prouver le passé

La blockchain pose une question différente. Une blockchain n’est pas éternelle. Elle dépend d’un protocole, d’un réseau, de logiciels et d’une communauté qui continue à faire fonctionner cet ensemble. Elle ne résout donc pas magiquement le problème du temps. Mais elle introduit quelque chose d’intéressant pour 2067 :

la preuve temporelle. Il n’est pas nécessaire d’inscrire l’e-mail lui-même dans un registre distribué. On peut y inscrire son empreinte cryptographique. Le message reste ailleurs, éventuellement secret. Mais lorsque le destinataire le reçoit plusieurs décennies plus tard, il devient possible de vérifier qu’un message correspondant à cette empreinte existait bien au moment de son envoi et qu’il n’a pas été modifié entre-temps.

Le futur ne reçoit donc plus seulement : un message. Il reçoit : un message + une preuve de son passé.

Le problème quantique

L’informatique quantique introduit encore un autre rapport au temps. Elle ne constitue pas actuellement une solution évidente de stockage à long terme. Les états quantiques sont au contraire extrêmement délicats à préserver. Mais elle nous oblige à réfléchir à la durée de la cryptographie.

Une information chiffrée aujourd’hui peut rester physiquement intacte tout en voyant sa protection devenir insuffisante demain. Ce problème n’est plus théorique au point d’être ignoré : le NIST américain a finalisé en 2024 ses trois premiers standards de cryptographie post-quantique et recommande la migration des systèmes vers des algorithmes conçus pour résister aux futures attaques quantiques.

Pour 2067, cela introduit un paradoxe magnifique. Le message doit être suffisamment conservé pour que le futur puisse le lire. Mais suffisamment protégé pour que le présent ne puisse pas le lire. La cryptographie devient elle aussi une technologie temporelle.

Le message immobile, la machine vivante

C’est ici que je repenserais aujourd’hui 2067. Je ne construirais plus simplement une machine chargée de conserver des messages pendant cinquante ans. Je construirais un système chargé de maintenir leur possibilité d’existence. Tous les dix ou vingt ans, il examinerait son propre environnement technologique.

Un support devient fragile : le message est recopié. Un format devient obsolète : il est migré. Une cryptographie devient vulnérable : la protection est renouvelée. Une nouvelle technologie de stockage devient suffisamment fiable : une nouvelle copie est créée.

Mais une chose ne change jamais. Le message. Il y aurait alors deux temporalités. Le message serait immobile. La machine chargée de le transporter serait en évolution permanente. Ce modèle ressemble finalement davantage au vivant qu'au coffre-fort. L’information génétique traverse le temps, mais les organismes qui la transportent meurent et sont remplacés.

2067 pourrait fonctionner de la même manière. Non plus comme une boîte. Mais comme une lignée.

2067 ne serait plus une date

À partir de là, pourquoi s’arrêter à 2067 ? On pourrait imaginer que l’expéditeur choisisse une distance temporelle : 10 ans. 50 ans. 100 ans. 500 ans. 1 000 ans. 10 000 ans. Mais quelque chose change à mesure que la distance augmente. Un message envoyé dans dix ans reste une correspondance.

Un message envoyé dans cinquante ans devient une capsule temporelle. Un message envoyé dans cinq cents ans devient une archive. Un message envoyé dans dix mille ans devient un objet archéologique volontaire. À partir de quand cesse-t-on d’écrire à une personne ?

À partir de quand commence-t-on à écrire à une civilisation ?

Une musique pour quelqu’un qui n’est pas né

La Clock of the Long Now contient elle-même une expérience de ce type. Brian Eno a travaillé sur son système de carillons. Dix cloches peuvent produire un très grand nombre de séquences, permettant à l’horloge de jouer une combinaison différente lors de ses activations quotidiennes sur des milliers d’années.

Certaines de ces séquences ne seront donc jamais entendues par leur concepteur. Une musique conçue aujourd’hui pourra être jouée alors que personne ayant participé à sa création ne sera encore vivant. Et certaines combinaisons pourraient ne jamais être entendues.

La partition contient ainsi moins une musique qu’un ensemble de futurs possibles. C’est ici que l’horloge cesse pour moi d’être uniquement une machine. Elle devient une œuvre.

Pour qui faisons-nous une œuvre ?

Une œuvre est généralement produite pour un horizon contemporain. Une exposition dans six mois. Un livre l’année prochaine. Une vidéo publiée aujourd’hui. Même lorsqu’elle est destinée à durer, sa première réception appartient généralement au présent. Mais imaginons une œuvre réalisée en 02026 dont la première présentation publique est prévue en 02226.

Personne ayant participé à sa fabrication ne sera présent. Ni l’artiste. Ni le commissaire. Probablement personne ayant connu personnellement l’artiste. L’œuvre cesse alors d’être seulement un objet. Elle devient un protocole de transmission. Et un nouvel acteur apparaît entre l’artiste et le spectateur.

Habituellement : ARTISTE → ŒUVRE → SPECTATEUR Ici : ARTISTE → ŒUVRE → TEMPS → DESTINATAIRE INCONNU Le temps n’est plus le contexte de l’œuvre. Il devient son médium.

Le destinataire inconnu

Nous connaissons déjà ce problème. Les sondes Voyager lancées en 1977 transportent leurs Golden Records : images, sons, musiques et messages destinés à un hypothétique destinataire extraterrestre. Comment expliquer à quelqu’un qui ne connaît aucune langue humaine comment lire un disque ?

Il faut que le message transporte une partie de son propre mode d’emploi. Le même problème apparaît lorsque nous devons signaler aux humains du futur la présence de déchets radioactifs. Comment écrire : DANGER pour quelqu’un qui vivra dans plusieurs milliers d’années ?

Une langue disparaît. Un pictogramme change de sens. Un monument menaçant peut devenir fascinant. Une interdiction peut devenir une invitation. Le futur possède une caractéristique commune avec l’extraterrestre : nous ignorons le langage de notre destinataire.

Pochette du disque d’or transporté par les sondes Voyager. NASA/JPL.
Pochette du disque d’or transporté par les sondes Voyager. NASA/JPL.

De 2067 à 12026

Je peux alors imaginer une extension radicale de 2067. En 02026, quelqu’un écrit un message destiné à l’année 12026. Le message existe simultanément sur plusieurs supports. Mais le projet comporte une règle : chaque génération peut changer le support. Elle ne peut jamais changer le message.

Tous les cinquante ans, quelqu’un doit trouver comment le transmettre aux cinquante années suivantes. Le verre peut remplacer un disque. Une technologie moléculaire peut remplacer le verre. Une technologie que nous sommes incapables d’imaginer aujourd’hui peut remplacer l’ADN.

Le véritable médium de l’œuvre ne serait alors aucun de ces supports. Le médium serait : la transmission elle-même. Pendant dix mille ans, des individus qui ne se rencontreront jamais collaboreraient à la conservation du même message. L’expéditeur initial ne connaîtrait pas le destinataire.

Le destinataire final ne connaîtrait aucun des gardiens intermédiaires. Mais tous appartiendraient à la même correspondance.

Sommes-nous de bons ancêtres ?

La Long Now Foundation reprend régulièrement une question associée au biologiste Jonas Salk :

« Are we being good ancestors? »

L’horloge elle-même formule aujourd’hui cette question dans la présentation qu’en donne la fondation. La formulation produit un déplacement étrange. Nous avons l’habitude de nous penser comme descendants. Nous avons des parents. Des grands-parents. Des ancêtres.

Mais nous sommes simultanément les ancêtres de personnes qui n’existent pas encore. Elles ne peuvent pas nous parler. Elles ne peuvent pas protester contre ce que nous leur laissons. Elles ne peuvent pas nous demander de conserver quelque chose. Et pourtant nous leur transmettons déjà énormément.

Du carbone. Du plastique. Des déchets nucléaires. Des bâtiments. Des espèces disparues. Des œuvres. Des milliards de milliards de fichiers. Notre époque produit probablement davantage de traces numériques qu’aucune autre époque humaine. Mais produire davantage de traces ne signifie pas nécessairement produire davantage de mémoire.

Le paradoxe de la simplicité

Je reviens alors à mon fichier texte. Après le verre, l’ADN, la blockchain, la cryptographie post-quantique et toutes les technologies que nous inventerons encore, il reste là. Quelques caractères. Peut-être avais-je finalement posé la bonne question avec 2067, mais à une échelle trop courte.

La technologie la plus adaptée au futur n’est peut-être ni la plus ancienne ni la plus récente. C’est celle dont nous pouvons expliquer suffisamment simplement le fonctionnement pour permettre à quelqu’un d’autre de la reconstruire. L’important n’est donc peut-être pas de fabriquer un support éternel.

Il est de fabriquer une information capable de quitter son support.

Une machine qui ne serait jamais terminée

Danny Hillis dit quelque chose d’essentiel à propos de son horloge : il ne sait pas si elle sera un jour véritablement « terminée ». Elle a été pensée pour être modifiée et améliorée par ceux qui en prendront soin après nous. C’est peut-être là que la Clock of the Long Now et 2067 finissent par devenir le même projet.

L’horloge n’essaie pas seulement de survivre dix mille ans. Elle demande aux générations successives de continuer à vouloir qu’elle survive. Et un message destiné à 12026 devrait probablement faire exactement la même chose. Il ne faudrait pas construire une machine qui fonctionne dix mille ans.

Il faudrait construire une machine dont quelqu’un aura envie de s’occuper pendant dix mille ans. La différence est immense. Parce que la véritable technologie de conservation n’est peut-être finalement ni le verre, ni l’ADN, ni le diamant, ni la blockchain. C’est la transmission.

12026

La Clock of the Long Now pourrait ne jamais atteindre l’année 12026. Elle pourrait être détruite. Démontée. Oubliée. La montagne pourrait devenir inaccessible. Une civilisation future pourrait ne plus comprendre ce que nous avions voulu faire. Mais son premier effet a déjà eu lieu.

Nous venons d’imaginer 12026. Pendant quelques instants, notre présent s’est agrandi. Nous avons pensé à quelqu’un qui pourrait vivre lorsque nous aurons disparu depuis des millénaires. Lorsque j’avais imaginé 2067, e-mail vers le futur, la question était : comment faire parvenir ce message jusqu’à quelqu’un qui vivra encore dans cinquante ans ?

Aujourd’hui, je la formulerais autrement : jusqu’où sommes-nous capables d’accompagner un message ? Et peut-être que le véritable projet ne serait plus 2067. Il n’aurait plus de date. Ce serait une machine qui, génération après génération, se poserait une seule question :

comment transmettre ce message encore un peu plus loin que nous ? ---